Le Petit Homme Rouge des Tuileries

Dans l’article du 26 Mars 2013, je vous ai parlé de l’histoire du Palais des Tuileries. Mais la naissance de ce palais de Catherine de Médicis donna naissance à une légende: celles du Petit Homme Rouge des Tuileries, qui fut un fantôme qui hanta le château durant trois cent ans. Tout commença un soir de Novembre 1570 aux abords du chantier du Palais des Tuileries où se trouvait l’abattoir d’un écorcheur nommé Jean. Cet écorcheur fût témoin de conversations embarrassantes et avait même percé quelques secrets de Catherine de Médicis. Devenu encombrant, la Régente changea son homme de main, du nom de Neuville, de s’assurer que l’écorcheur ne parlera pas. Neuville choisit d’agir un soir de Novembre à l’heure dite « entre chiens et loup ». Alors que Jean nettoie ses outils à la porte de son abattoir, il n’entend pas Neuville s’approcher de lui. Surprit, il vit l’ombre de l’homme de main se dresser devant lui et lui planter une lame dans le cœur en lui donnant comme explication: « la Reine considère que tu en sais trop. Tu dois mourir. » Malheureusement pour Neuville qui loin d’être un tueur professionnel, il doit s’y reprendre à trois fois pour achever le pauvre écorcheur qui ne demandait rien et qui a le temps d’articuler: « Je reviendrai! » Son forfait accomplie, Neuville lave rapidement l’arme du crime à côté du corps de sa victime avant de quitter les lieux pour rapporter la « bonne nouvelle » à la Régente et empocher une bonne somme d’argent au passage. Mais la vision est troublée par la désagréable sensation d’être suivi. Il se retourna alors et ne vit rien sauf à deux pas de lui, titubant, l’écorcheur dégoulinant de sang de la tête au pied et semblant vouloir l’emmener avec lui. Voulant se défendre, Neuville tenta de poignarder de nouveau Jean mais la lame ne perça que le vide. Mais quand l’écorcheur disparut, Neuville resta perplexe de ce qu’il venait de voir. Il décida donc de revenir sur ses pas vers le lieu de son crime en prenant bien soin d’explorer chaque recoin sur son chemin. Une fois arrivé à l’abattoir, il constata la disparition du corps de Jean l’écorcheur. C’est donc tremblant de tous ses membres que notre homme courut raconter son aventure à sa souveraine. Souhaitant garder une attitude digne de son rang royal, Catherine de Médicis feint de rire à l’écoute de ce résumé et conseilla à son homme de main d’aller se reposer à la campagne en lui lançant une bourse bien garnie. Si la Régente tient à ne pas montrer ce que provoque chez elle ce sanglant et étrange résumé de son homme de main c’est tout simplement parce que Catherine de Médicis est florentine et, comme beaucoup de gens de l’époque, elle croit aux fantômes. Toutes ses décisions et actions importantes sont analysées et interprétées par un astrologue. Le sien est bien italien et se nomme Cosme Ruggieri. Cet astrologue, respecté à la Cour et ayant la confiance royale reçut la visite du fantôme de Jean l’écorcheur et se confia à Catherine de Médicis: « « Hier soir, alors que,comme à l’accoutumée, j’interrogeais les astres sur l’avenir de votre Majesté et celles de ses proches […] il m’a semblé sentir une sorte de brouillard écarlate envahir mon cabinet de travail. Ne pouvant plus lire mes cartes et mes graphes, je me suis redressé et j’ai aperçu, accoudé au linteau de la cheminée, un petit homme aux contours flous. Ce spectre a alors pris la parole pour m’annoncer des choses si horribles que je sais si je dois vous les répéter. Elles concernaient l’avenir des Tuileries et le vôtre Majesté. De mystérieuses visions se sont emparées de moi, limpides comme jamais, toutes placées de siècle en siècle sous la même constellation du Lion. J’ai vu l’ascension, la chute et la disgrâce successive des futurs maîtres du Palais. J’ai vu aussi… enfin il m’a prévenu que… qu’il vous chasserait d’ici et que vous mourriez près de Saint-Germain. Voilà tout ce que je sais, après il s’est évaporé. » Cosme Ruggieri voulut rassurer la Reine-Mère en lui disant que rien n’était sûr et qu’il allait consulter les astres pour trouver une solution amis la Régente refusa d’en entendre d’avantage et demanda à rester seule. Allongée sur son lit, en ne voyant pas le temps passé, elle s’endormie. Durant la nuit, le sommeil royal fut troublé et Catherine de Médicis réveillée par la sensation que quelque chose la chatouillait au bras. Ouvrant les yeux elle vit devant elle le spectre qui lui répéta la prédiction faite la veille à l’astrologue : « Saint-Germain te verra mourir » et disparut. Effrayée, Catherine de Médicis poussa un énorme cri et hurla : « L’Homme Rouge ! » Cette apparition en fut trop pour la Reine florentine qui prit peur et décida de ne plus aller dans les endroits portant le nom de Saint-Germain comme le Château royal de Saint-Germain-en-Laye. Elle décide aussi d’arrêter en 1572 les travaux de son beau palais car il est trop près de l’Eglise royale de Saint-Germain-l’Auxerrois et lança la construction de l’Hôtel de Soissons (future Bourse de Commerce de Paris) près de Saint-Eustache. Alors qu’on pourrait croire que l’arrêt des travaux du Palais des Tuileries allait satisfaire le Petit Homme Rouge des Tuileries, il continua à rendre des visites régulières à Catherine de Médicis qui redoutait ces entrevues comme en témoigne sa fille Marguerite de Valois dans ses mémoires. Le Petit Homme Rouge des Tuileries apparue à la Régente avant chaque décès de ses enfants qui furent au nombre de trois. Après vingt ans de silence, le fantôme rendit visite à Henri IV dans la nuit du 13 au 14 Mai 1610 sans que le Roi y prête une grande attention. Le lendemain, alors que le Roi décide de se rendre chez son ami Sully qui est souffrant, son carrosse est bloqué par des charrettes dans la Rue de la Ferronnerie juste devant la demeure d’un notaire et d’une auberge dont l’enseigne représente un cœur couronné percé d’une flèche. L’arrêt du carrosse royal permet à François Ravaillac d’assassiné le Roi de deux coups de poignard. Bien qu’il ne soit pas mort au Palais du Louvre ou au Palais des Tuileries, plusieurs témoins auraient vu le Petit Rouge des Tuileries le jour de la mort du Roi. Le fantôme serait également apparut au cours du règne du Roi-Soleil. Tel un gardien sans faille le Petit Homme Rouge des Tuileries, est ce malgré un long silence de 120 ans, réapparaît en 1792 alors que le Roi Louis XVI et sa famille sont prisonniers aux Tuileries. Un soir, seule dans sa chambre, la Reine Marie-Antoinette vit un brouillard rouge envahir la pièce et au centre de ce brouillard, elle distingua une silhouette d’un homme ensanglanté. Son cri d’effroi fit disparaitre la vision. Le lendemain, ce fut au tour du Roi de trouver à son chevet le Petit Homme Rouge. Il faut noter que le couple royal n’avait jamais entendu parler de ce Petit Homme Rouge des Tuileries. Le lendemain de sa rencontre avec le Petit Homme Rouge, Louis XVI fut transféré à la prison du Temple. Marie-Antoinette aurait demandé au Comte de Saint-Germain, magicien de l’époque, de la protéger du spectre. Sans résultat puisque la Reine vit le spectre jusqu’à sa mort le 16 Octobre 1793. Le 13 Juillet, Jean-Paul Marat est tué par Charlotte Corday dans sa baignoire. Deux jours plus tard, David prépare l’exposition du corps du martyr révolutionnaire sous une pyramide de bois. La chaleur intense accélère la décomposition du corps ce qui oblige David à recouvrir le corps d’un drap en laissant visible que la blessure mortelle. Lors de l’exposition du corps de L’Ami du Peuple dans l’Eglise des Cordeliers (face aux Tuileries), le Petit Homme Rouge des Tuileries fait une apparition au côté du martyr. Cette apparition fantomatique déclencha un arrêt cardiaque au gardien chargé de la surveillance de la dépouille. Cette apparition est la seule fois où le Petit Homme Rouge des Tuileries sort du Palais pour apparaître. Bien avant qu’il ne soit pas encore Empereur, le Petit Homme Rouge s’intéressa au petit Caporal Bonaparte. Le fantôme se passionna tellement du destin de Bonaparte qu’il le conseilla au besoin et alla même jusqu’à quitter son Palais pour le suivre lors de la Campagne d’Egypte. La nuit précédant la Bataille des Pyramides en 1798, le Petit Homme Rouge apparut en rêve au Général en lui prédisant la victoire. C’est sur les terres égyptiennes que Bonaparte et le Petit Homme Rouge passèrent un pacte virtuel pour 100 ans qui fut renouvelé juste avant Wagram en 1809. Le pacte tenait en une phrase dite par le Petit Homme Rouge : « Tout ira bien pour toi et ta patrie tant que tu suivras mes conseils ». Le pacte fonctionna pendant les années qui suivirent. Une fois devenu Premier Consul, Bonaparte s’installe aux Tuileries, peut-être sur le conseil du Petit Homme, le 19 Août 1800. Napoléon Bonaparte décide en prenant possession des Appartements Royaux de leurs réaménagements selon ses propres volontés. Dans les premiers jours de son installation aux Tuileries, le Premier Consul trou là, dans son Cabinet de Travail, posé sur la cheminée, une enveloppe qu’il dégrapha et trouva à l’intérieur une feuille de papier sur laquelle était inscrit : « Tu seras là, plus que Roi. Signé : L’Homme Rouge ». Cette attention marqua tellement Bonaparte qu’il consigna cet évènement dans ses Mémoires. Troublé néanmoins, Bonaparte, fit sa petite enquête mais personne n’a pu expliquer la provenance de cette mystérieuse enveloppe bien que certaines personnes ont certifié avoir aperçu rôder dans les couloirs du Palais un individu de petite taille chapeauté de rouge. A la veille de Marengo, le Petit Homme Rouge se confia directement à Bonaparte en lui disant : « Tu seras Empereur, Roi d’Italie, et verras le monde à tes genoux ! » Les choses changèrent quand Bonaparte devient Napoléon I° et qu’il cessa de suivre les conseils du Petit Homme Rouge en répudiant Joséphine et épousa Marie-Louise par exemple. Le Petit Homme Rouge donna une dernière chance à son protégé lors de la bataille de Waterloo mais devant cette nouvelle déception, le Petit Homme Rouge abandonna Napoléon pour les Bourbons. Le Petit Homme Rouge des Tuileries aurait dit à Napoléon qu’il le protègerait jusqu’à sa 45ème année et après qu’il l’abandonnerait. L’Empereur fêta ses 46 ans en 1815 !Sous l’Empire, des récits évoquent des rires incessants dans le dos de l’Empereur quand il exprimait son orgueil.  Le 16 Mars 1824, le Roi Louis XVIII meurt au Palais des Tuileries. Mais quelques jours avant, il avait reçu la visite d’un personnage que nous commençons à bien connaître : le Petit Homme Rouge des Tuileries ! Le seul témoin de cette visite fut le frère du Roi, le Comte d’Artois, le futur Charles X. La semaine précédente la mort du Roi, le Comte d’Artois pris d’insomnie se promena dans les jardins du Palais vers minuit et lui sembla voir en regardant vers les Appartements Royaux les fenêtres s’empourprer de lumière rouge. Le lendemain, le Comte d’Artois alla saluer son frère comme tous les matins. Le Roi attendait d’ailleurs son frère pour lui raconter sa soirée de la veille. « J’ai travaillé assez tard, j’avais prévu de m’attaquer à une pile de courrier en retard. Mais à un moment, vers minuit à peu près, j’ai soudain senti ma tête s’alourdir et ma vue se brouiller. Comme j’essayais sans succès de chasser cette espèce de brouillard rouge qui troublait ma vision, j’ai vu soudain à gauche de mon bureau, très distinctement, un homme couleur de sang, immobile et silencieux. J’ai encore une fois passé ma main devant mes yeux puis plus rien. Le spectre avait disparu… » Dans les jours qui suivent, la santé du Roi déclina jusqu’à sa mort. Alors que le Roi Louis-Philippe ne rencontrera jamais le fantôme durant son séjour aux Tuileries, le chansonnier Pierre-Jean Béranger écrit en 1837 une chanson sur le Petit Homme Rouge des Tuileries :

LE PETIT HOMME ROUGE

Une ancienne tradition populaire supposait

l’ existence d’ un homme rouge qui apparaissait dans

les tuileries lors de quelque événement malheureux

pour les maîtres de ce château. Cette tradition

reprit cours sous Napoléon.

Foin des mécontents !

Comme balayeuse on me loge,

depuis quarante ans,

dans le château, près de l’ horloge.

Or, mes enfants, sachez

que là, pour mes péchés,

du coin, d’ où le soir je ne bouge,

j’ ai vu le petit homme rouge.

Saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

Vous figurez-vous

ce diable habillé d’ écarlate ?

Bossu, louche et roux,

un serpent lui sert de cravate.

Il a le nez crochu ;

il a le pied fourchu ;

sa voix rauque en chantant présage

au château grand remuménage.

Saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

Je le vis, hélas !

En quatre-vingt-douze apparaître.

Nobles et prélats

abandonnaient notre bon maître.

L’ homme rouge venait

en sabots, en bonnet.

M’ endormais-je un peu sur ma chaise,

il entonnait la marseillaise .

Saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

J’ eus à balayer ;

mais lui bientôt par la gouttière

revint m’ effrayer

pour ce bon Monsieur Robespierre.

Lors il était poudré,

parlait mieux qu’ un curé,

ou, comme riant de lui-même,

chantait l’ hymne à l’ être suprême .

Saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

Depuis la terreur

plus n’ y pensais, lorsque sa vue

du bon empereur

vingt plumets ennemis,

et chantait au son d’ une vielle

vive Henri Quatre et Gabrielle !

saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

Soyez donc instruits,

enfants, mais qu’ ailleurs on l’ ignore,

que depuis trois nuits

l’ homme rouge apparaît encore.

Riant d’ un air moqueur,

il chante comme au choeur,

baise la terre, et puis ensuite

Saints du paradis,

priez pour Charles Dix.

met un grand chapeau de jésuite.

La dernière fois qu’on vit le Petit Homme des Tuileries se fut lors de l’incendie du Palais dès le début le 26 Mai 1871 qui dura trois jours. On raconte qu’on moment où l’incendie fit exploser le Pavillon Central, les témoins virent apparaître aux fenêtres de la Salle des Maréchaux une silhouette pourpre. Après l’incendie, plus personne ne vit le Petit Homme Rouge des Tuileries qui disparut avec le palais comme l’avait prédit trois siècles plus tôt Jean l’écorcheur. Seule sa légende a survécut….

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